Des cas d’inconduites sexuelles ont récemment touchés et surtout entachés la réputation d’Oxfam Grande-Bretagne, confédération d’une vingtaine d’organisations humanitaires basée en Grande-Bretagne et présente dans plus de 90 pays. Depuis, le scandale ne cesse de prendre de l’ampleur, catalysé entre autre par le contexte du mouvement #MeToo.

L’ONG de lutte contre la pauvreté est financée à 56% par des dons collectés auprès du public et les subventions publiques représentent près de 19% de ses ressources. Le département britannique du Développement international a versé 31,7 millions de livres  (55,1 millions de dollars canadiens) à Oxfam l’an dernier. Le gouvernement britannique a annoncé qu’il repenserait toutes ses collaborations avec Oxfam et a menacé de retirer les subventions publiques à toutes les ONG qui ne collaborent pas avec les autorités pour éviter des abus sexuels de leurs coopérants

Le 9 février, le quotidien britannique The Times publie les résultats d’une enquête sur  l’exploitation sexuelle en Haïti et fait état d’allégations d’inconduite contre sept anciens employés d’Oxfam G-B à Haïti en 2011 au cours d’une mission consécutive au séisme qui avait ravagé le pays en 2010. Ces allégations comprenaient le recours à des prostituées, dont certaines possiblement mineures, et le téléchargement de pornographie.  

Le scandale prend de l’ampleur rapidement et révèle de nouveaux cas d’abus au Soudan du Sud, au Liberia et au Tchad. L’ONG Save the Children est aussi visée par des allégations de même nature.

Il est reproché à la direction de l’ONG basée en Grande-Bretagne d’avoir sciemment dissimulé le scandale à la Commission caritative (institution britannique qui contrôle les organisations humanitaires) et laissé les salariés incriminés rejoindre d’autres ONG et cela  sans aucune mise en garde. C’est le cas notamment du directeur de la mission Oxfam à Haïti, le belge Roland Van Hauwermeiren.

Le cas de Roland Van Hauwermeiren

Mis en cause lors des faits pour avoir eu des rapports tarifés avec des prostituées dans des locaux financés par l’organisation, ce dernier avait uniquement reconnu avoir eu des rapports sexuels avec une « femme honorable et d’âge mûr » et avait soutenu qu’il ne lui avait pas versé d’argent. Il avait ainsi pu prendre la tête d’une autre mission au Bangladesh pour le compte d’Action contre la faim (ACF).

ACF a déclaré ne pas avoir été avertie de ses agissements alors qu’elle avait pourtant contacté d’anciens employeurs lors du processus de recrutement.

Oxfam se défend et s’excuse

Oxfam assure avoir lancé immédiatement en 2011 une enquête interne à l’issue de laquelle quatre employés ont été licenciés et trois autres ont démissionné (dont Roland Van Hauwermeiren) avant le terme de l’enquête.

L’organisme a ajouté avoir partagé les résultats de cette investigation avec les autorités britanniques et ses principaux donateurs, dont le département du Développement international. Les autorités haïtiennes quant à elles ont affirmés n’avoir « jamais été informées de ces crimes commis dans les locaux de l’institution » et veulent mener leur propre enquête.

L’organisation a présenté ses excuses au peuple haïtien pour les dérives sexuelles de certains de ses employés, exprimant sa « honte » en remettant aux autorités à Port-au-Prince son rapport d’enquête interne. La nouvelle présidente du conseil d’administration d’Oxfam, Caroline Thomson, a aussi annoncé un ensemble de mesures visant à renforcer la prévention et le traitement des affaires d’abus sexuels.

Le secteur humanitaire ébranlé

L’impact sur la réputation d’Oxfam et sur le secteur humanitaire en général prendra du temps avant de pouvoir être évalué mais, des annulations de dons ont déjà été enregistrées. Il est évident que des comptes doivent être rendus, notamment par le directeur général Mark Goldring qui s’est récemment expliqué devant une commission parlementaire britannique.

Les ONG, elles, craignent les amalgames alors que les squelettes du passé ressurgissent , comme cette affaire impliquant des Casques bleus des Nations Unies au début des années 2000 ou encore, la révélation par Médecins sans frontières, ONG française qui compte 40 000 employés permanents dans le monde de 24 cas de harcèlement ou abus sexuels en 2017.

 

Par Nadia Mokrani

Sources :

Crédit photo : REUTERS/Andres Martinez Casares

https://www.courrierinternational.com/article/royaume-uni-scandales-en-rafale-chez-oxfam#&gid=1&pid=1

http://www.lapresse.ca/international/caraibes/201802/11/01-5153428-scandale-sexuel-a-haiti-oxfam-sexpliquera-lundi-avec-londres.php

http://www.lapresse.ca/international/europe/201802/14/01-5153857-scandale-oxfam-le-secteur-humanitaire-ebranle.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_5153428_article_POS4

http://www.lapresse.ca/international/europe/201802/14/01-5153857-scandale-oxfam-le-secteur-humanitaire-ebranle.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_5153428_article_POS4

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/02/13/oxfam-portrait-d-un-geant-de-l-humanitaire_5256233_4355770.html

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