L’Improbable Union Européenne – Retour sur l’école d’été du CÉRIUM, Par Michel Cornillon-Brixeño

C’est en ces mots qu’à l’unisson, MM. Daniel Cohn Bendit et Jean Quatremer s’exprimaient au sujet de l’UE.

L’une des Écoles d’été les plus attendues du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), s’intitulant « Après le Brexit, l’Union européenne (UE) a-t-elle encore un avenir ? », se tenait du 10 au 15 juillet dernier. Grâce à la générosité conjointe du CÉRIUM et de Connexion internationale Montréal, j’ai pu assister aux plaidoyers pro-européens forts intéressants de ces deux ténors de l’UE.

C’est donc à l’initiative de M. Frédéric Mérand, directeur du CÉRIUM, et de Mme Laurie Beaudonnet, titulaire de la Chaire Jean-Monnet – tous deux d’éminents spécialistes des questions européennes-, que leur École d’été a fait la place belle aux invités outre-Atlantique que sont MM. Jean Quatremer et Daniel Cohn-Bendit. Juriste de formation et journaliste chez Libération, M. Quatremer est l’incontournable spécialiste de l’actualité européenne dans le monde francophone, et même au-delà. M. Cohn-Bendit -que l’on ne présente plus-, est quant à lui eurodéputé depuis 1994 et une figure emblématique contemporaine du tandem franco-allemand, puisque successivement eurodéputé en France puis en Allemagne.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

Véritables praticiens et témoins privilégiés du quotidien institutionnel européen, ces derniers ont évoqué sans tabou, tout au long de la semaine, les multiples facettes de la crise à laquelle fait face actuellement l’UE. Il a par ailleurs été très intéressant de constater la congruence des analyses académiques des politologues Mérand et Beaudonnet, par rapport aux propos de ceux qui vivent et font l’Europe.

L’un des points d’orgue de leur analyse est que « la crise » que l’on décrit tant n’est pas un phénomène nouveau et est même imprégné dans l’ADN de l’Union européenne.  L’UE, dès ses débuts, répondait à la nécessité d’une crise, celle de reconstruire l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. À chaque crise vécue depuis successivement par la Communauté européenne, l’Union européenne et la zone euro, l’UE a su y répondre avec brio.


Photo via Twitter de Capucine Berdah ()

Ce faisant, le constat que font le duo Cohn-Bendit/Quatremer est que la « polycrise » européenne résultant de la crise des migrants, de la dette, de la zone euro, du Brexit, etc., selon les propres termes de l’actuel président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, participe à l’évolution de cet « ovni » politique qu’est l’UE. En effet, c’est un véritable incubateur et laboratoire social qui caractérise le mieux l’architecture de l’UE tant elle est singulière.

À ce propos, Jean Quatremer, toujours très éloquent, dira qu’il aura fallu des siècles pour ”accoucher” de l’État-nation. De ce fait, il apparait donc évident selon lui qu’après seulement 60 ans d’existence, le modèle avant-gardiste de la construction européenne ne soit pas encore parfait. Et Cohn-Bendit de dire, audacieux qui fonde beaucoup d’espoir sur la nouvelle présidence française en termes de reprise du dialogue intra-européen, que la logique éclatée, mais irrévocable de l’intégration européenne, accepterait même un Québec indépendant à condition qu’il soit membre de l’UE (!). Il est donc inutile de spécifier que les propos des têtes d’affiche de cette École d’été étaient hauts en couleur et décomplexés. Pas de langue de bois !

Enfin, l’un des verdicts des deux protagonistes, aux termes cette semaine intensive, est que l’éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’UE, bien qu’incertaine, ne précipiterait pas la chute de l’Union. Au contraire, elle pourrait marquer l’avènement de plus d’intégration et d’une plus grande solidarité entre les membres de l’Union. En entravant sempiternellement le processus d’intégration des États européens, Londres avait pris le pari à l’époque -dès son entrée en 1973- de prendre une Europe « à la carte » (soit d’intégrer l’Union, mais sans la monnaie unique; détenir 73 députés au Parlement européen, sans intégrer la zone Schengen; bloquer une « Europe de la défense », et ainsi de suite). C’est en ce sens que le Brexit constitue l’opportunité de faire avancer l’agenda européen établi par les traités constitutifs de l’Union, soutiennent les intervenants.

C’est dans le contexte difficile du Brexit que l’adage « ce qui ne te tue pas te rend plus fort » reprend tout son sens (!). Les turbulences que connait l’UE seraient donc à terme salutaires.

La crise a contribué et concourt toujours à construire l’Europe.


Photo via Twitter de Capucine Berdah ()

En définitive, c’est ainsi que tous ces sujets -éminemment complexes- ont été étayés en profondeur tout au long de la semaine. La prodigalité et la disponibilité de MM. Cohn-Bendit et Quatremer furent telles qu’au terme des conférences, on les surnommait affectueusement « Dani » et « Jeanjean » (c’est dire la proximité des intervenants et le climat de convivialité qui régnait lors des échanges).

En terminant, je ne peux que vous inviter à visionner la dernière conférence de la semaine qui portait sur le rôle que le nouveau président Macron attend jouer au sein de l’UE (prospective située à mi-chemin entre les espoirs et les limites du pouvoir présidentiel français).

Sur ce, je vous laisse aux bons soins des invités,

CÉRIUM : https://www.facebook.com/CERIUdeM/?hc_ref=ARR_m78lZVP6krTIRCjQfmNxAP6EqOIMd9_kqdllpPw82JozfNByC3_E1bq1fo5Z2yo

Sinon, de nombreuses apparitions dans l’espace médiatique font état de leur visite à Montréal:

RDI 24/60
– Radio-Canada. ”L’Union européenne, plus importante que jamais selon Daniel Cohn-Bendit.” 8 juillet 2017
– Métro. Romain Schué. ”Daniel Cohn-Bendit propose au Québec de rejoindre l’Union européenne’‘. 18 juillet 2017
Journal de Montréal.  Simon-Pierre Savard Tremblay. ”La grandeur perdue”, 14 juillet 2017
– Le Devoir. Claude LÉVESQUE. « L’Union (européenne) fait-elle la force? », 11 juillet 2017.

Michel CORNILLON-BRIXEÑO, candidat à la maitrise en droit international et politique internationale appliqués (DIPIA), Université de Sherbrooke et fière membre de Connexion internationale Montréal.

Récapitulatif du programme

Lundi 10 juillet : Pourquoi l’UE est-elle en crise ? (historique et dialectique de la crise vs intégration)

Mardi 11 juillet : L’euro est-il un problème pour l’Europe ? (naissance de la monnaie unique, ainsi que les causes profondes des crises en Grèce, en Espagne, en Irlande, etc.)

Mercredi 12 juillet : L’UE peut-elle gérer la crise des réfugiés? (rapport complexe qu’entretient l’UE avec la Turquie; le manque de compétences européennes en termes d’immigration)

Jeudi 13 juillet : Comment le Brexit va-t-il changer l’UE? (délitement de l’UE ou plus d’intégration et de solidarité ?)

Vendredi 14 juillet : L’UE et le défi géopolitique (la difficulté de l’élaboration d’une action de politique étrangère commune, en témoignent les relations UE-OTAN, UE-Ukraine, UE-Syrie, UE-Libye, etc.)

Samedi 15 juillet : Une démocratie supranationale est-elle possible? (focus sur la présidence Macron)