Forum Saint-Laurent sur la Sécurité internationale : Le Québec, une terre de dialogue en matière de sécurité – Par Thomas Dumoulin et Marie-Hélène Lafond

Le Forum St-Laurent (FSL) s’est tenu le 19 mai dernier au Centre des Sciences de Montréal. Ce grand rassemblement de la sécurité internationale a permis au Québec de se positionner comme un espace de discussion mondiale en matière de politiques publiques sur le sujet. Organisé par le Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) de l’Université de Montréal, la Chaire Raoul-Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques (CRD) de l’Université du Québec à Montréal et les Hautes études internationales (HEI) de l’Université Laval, le Forum est devenu un lieu d’échange des expertises francophones entre praticiens, universitaires et acteurs gouvernementaux. Le succès de l’organisation est également dû au soutien du Ministère des Relations internationales, et de la Francophonie du Québec.  

Bravo à toute l’équipe du FSL pour le superbe succès!

FSL : Couvrir le monde

Le Forum St-Laurent a abordé quatre thématiques qui définissent  la sécurité en 2017, face à un monde en profonde mutation :

  1. Les tensions en Asie Pacifique et particulièrement en mer de Chine méridionale :

Sous l’impulsion du président chinois Xi Jinping, la stratégie de la route et la ceinture de la soie est mise en œuvre. La Chine souhaite relier par nouvelles voies diplomatiques et commerciales,  Pékin à Londres. Malgré tout, de nombreux points de tension géopolitiques sont présents autour de la souveraineté des îles de la mer de Chine méridionale.

Ces tensions se traduisent, en partie, par la montée des investissements militaires et plus de 200 sous-marins actifs  dans la région. À ce sujet, le Contre-amiral Gilles Couturier a rappelé le rôle que la Marine royale canadienne joue dans l’atténuation des tensions. Sur le plan tactique, le Canada a été l’instigateur de rencontres pour discuter des protocoles à suivre pour éviter toutes montées de tensions reposant sur des malentendus, principalement entre Chinois et Américains.

L’ancien Ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques, n’a pas manqué de rappeler l’esprit de coopération et l’importance économique et stratégique des relations entre le Canada et la Chine[L3] . Notons que selon la Banque mondiale, la Chine a vue la parité du pouvoir d’achat (PPA) – en  revenue nationale brut par habitants – passée de 5.06$ en 2005 à 14.32$ dernièrement. Si, la balance commerciale entre la Chine et le Canada demeure déficitaire pour ce dernier, la Chine représente plus de 2 milliards d’exportation et un marché en pleine expansion. Le positionnement sur ce marché est stratégiquement important pour le Canada.

  1. La capacité de l’Europe à faire face aux menaces à sa sécurité :

Cette thématique a permis de souligner et discuter des défis sécuritaires dont fait face l’Europe. Les panélistes y ont abordé trois défis: la menace terroriste, l’impact des technologies dans l’économie et les changements climatiques. Pour  Lawrence Cannon, Ambassadeur du Canada en France, le principal défi sécuritaire auquel fait face l’Europe en 2017 est l’impact du conflit régional syrien sur les flux migratoires et les menaces terroristes qui y sont associées.

Pour Joëlle Jenny, fellow au Weatherhead Center for International Affairs, de l’Université Harvard, la rapidité de l’évolution de l’économie par les technologies est un facteur d’accentuation des inégalités.  D’abord, la plupart des États ne se sont pas encore adaptés fiscalement et socialement à la recomposition des marchés de plus en plus intégrés au niveau régional, national et mondial. Aussi, la technologie a entraîné un phénomène de recomposition sociale dont seulement un faible segment de la société – et du territoire – a été en mesure de maîtriser et d’y puiser une nouvelle source de richesses. L’évolution de technologie représente aussi une menace directe à la cohésion sociale des sociétés européennes.

Une troisième menace réside dans l’impact des changements climatiques. Comment l’Europe peut-elle s’adapter aux effets et lutter contre les changements climatiques?  Pour les panélistes, il s’agit d’une refonte complète des modes de production. La Commission européenne a mis en place un plan d’action pour le climat qui consiste en l’atteinte d’objectifs fixés d’ici 2020:

  • Réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990;
  • Augmentation de 20 % la consommation d’énergies renouvelables;
  • Augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique

Le panel a aussi conclu que les États-Unis, principal partenaire économique et de sécurité de l’Europe, se révèlent comme étant un élément d’instabilité nouveau.

  1. La géopolitique des alliances américaines à l’ère de Trump :

Lors de ce panel très attendu, les participants ont pu explorer le monde de 2017 sous l’ère Trump. La personnalité colorée et atypique du nouveau président des États-Unis a laissé les panélistes cois. Comme l’a souligné l’Ambassadeur de France au Canada, Nicolas Chapuis, la stratégie de communication directe du Président, par le biais de son compte Twitter, a désarçonné bien des analystes. Les nombreux gazouillis présidentiels ont réussi a brouillé bien des experts dans leurs analyses et les alliés des États-Unis en sont tout aussi confus. C’est avec anxiété que les leaders de ce monde attendent de mieux saisir les priorités de Trump. Les dossiers de l’heure, c’est-à-dire, les enjeux nord-coréens, syriens, le future de l’OTAN et les relations avec la Russie, sont tous repensés dans une approche d’une Amérique absente. Comme l’a rappelé Martin Benjamin, directeur général de l’Amérique du Nord à Affaires mondiales Canada, la recherche d’espace de travail commun, l’ouverture et l’écoute restent l’approche la plus efficace dans un contexte où les piliers traditionnels de coopération – c’est-à-dire l’ALÉNA et l’OTAN – sont remis en cause.

  1. L’évolution du concept de protection des populations et de la situation en Syrie :

Les défis que représente la question syrienne sont immenses et les solutions sont encore inconnues. Ce conflit qui oscille entre conflit armé régional par proxy et guerre civile a testé les limites de l’intervention politique, militaire, humanitaire internationale.

Premièrement, le conflit syrien est avant tout politique : le Conseil de sécurité de l’ONU se trouve bloqué entre les camps russo-iraniens et les camps américano-européens-saoudiens-turcs. Sur le plan humanitaire, l’ONU a appris de ses expériences passées sur les opérations de consolidation de paix. En effet, lors de son intervention au Sud-Soudan, l’ONU avait une approche opérationnelle qui reposait sur la mise en place de camps pour ses troupes onusiennes. Ces camps sont rapidement devenues la proie facile d’attaques ciblées et étaient coupés des populations locales. De plus, les troupes onusiennes n’avaient alors par la capacité de répondre aux menaces spontanées dû en partie à un manque de renseignement.

De cette expérience, Hervé Ladsous, ancien Secrétaire général adjoint aux opérations de la paix de l’ONU (2011-2017), at déduit qu’un des points importants à la stabilisation d’un théâtre d’opérations pour l’ONU est la flexibilité dans sa capacité à anticiper et s’adapter à l’émergence de points de tensions locaux. Les échecs de l’ONU au Sud-Soudan ont entraîné la mise en place d’une unité de renseignement sécuritaire de l’ONU dans le cadre de leur mandat de mission de préservation ou développement de la paix.

Malheureusement, la Syrie demeure un cas à part et les apprentissages faits au Sud-Soudan sont difficilement transférables. Le pays est devenu un enjeux stratégique mondial dans le cadre d’un affrontement par proxy, entre les États-Unis, la Russie et l‘Europe avec en toile de fond, le groupe armé Daech. De plus, le pays est le théâtre d’un affrontement régional dans la réaffirmation des nationalismes et des volontés de puissance des Turcs, Saoudiens et Iraniens. Enfin, le pays est aussi le lieu d’un affrontement local où, quotidiennement, de nombreuses factions politico-militaires font alliances en fonction des réalités tactiques et opérationnelles.

Conclusion

Après une belle journée de discussions et d’apprentissages, nos membres participant au forum ont conclu que le renforcement de la coopération entre États fédérés est nécessaire en 2017 et que les questions de lutte au terrorisme, de protection de l’environnement et des liens commerciaux sont les enjeux prioritaires des affaires internationales.

Texte par Thomas Dumoulin et Marie-Hélène Lafond

Crédit photo : Forum St-Laurent sur la sécurité internationale